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Sur ma route #21 : Beaune

Samedi 21 novembre 2020

Il y a 3 ans de ça, j’écrivais : je raccroche. Je me revois en train de me dire, c’est fini, j’arrête la course à pied, ça n’a plus aucun sens pour moi… je n’y arrive pas, c’est trop douloureux. 

Et puis les mois ont passé et plutôt que de retrouver du plaisir à courir sur les chemins de mon Beaujolais, je me suis trouvée beaucoup trop de mauvaises excuses pour ne pas y retourner… le froid, les enfants qui m’accaparent… et puis je suis tombée de cheval. Stoppée en plein vol sur un banal retour de balade dans le Beaujolais à l’occasion d’un week-end avec les collègues. Expulsée de mon cheval qui voulait rentrer vite et sans moi à l’écurie. Tombée assise, j’ai lâché un grand cri dont mes collègues se souviennent encore. Moi je me souviens de l’air qui rentre à nouveau dans mes poumons, de la peur que j’ai eu  de m’être cassée une vertèbre.. et puis non… une très grosse douleur dans le dos mais finalement beaucoup plus de peur que de mal. 

Et un médecin qui me dit que j’ai eu de la chance, tu sais comme dans les films… mais qui me dit, “vous le saviez que vous avez de l’arthrose entre les vertèbres, vous êtes encore jeune pourtant !”… cette même année ma mère se faisait opérer d’une double orthèse de hanches pour des difficultés à se mouvoir liées à de l’arthrose. Donc, c’est de famille. Mais non je ne le savais pas, je n’avais pas fait de radio du dos depuis la fin de mon adolescence et des soins dont j’avais besoin pour ma scoliose. 

Bref, ce jour-là j’avais décidé de raccrocher. 

Mais quelques années avant, déjà ça me prenait. Le jour du semi-marathon de Beaune. Soit une distance de 21,0975 kilomètres. 

Aujourd’hui on est le 21, c’est pour ça que je voulais parler de cette distance et vous emmener page 88 de l’Atlas Routier Michelin daté de 1996. 

Ce jour-là aussi je ne voulais finalement pas courir. Les attentats de la veille m’avaient à la fois donné envie de vivre encore plus parce que moi je n’avais pas été touchée par cette tragédie, et aussi parce que je voulais rester avec mon mari et mes enfants. 

Et puis nous sommes partis, un petit groupe des irréductibles de Courir à Mennecy. Je rentrais de quelques jours à Milan pour une conférence sur le coworking, j’étais épuisée… et surtout je savais que je n’étais pas assez entraînée. Les quelques sorties faites les mercredis soir en fractionné, et les si peu nombreuses sorties plus longues du dimanche se comptaient sur les doigts d’une main. Je le savais, que je n’étais pas assez entraînée, et que ça serait dur. Mais je me projetais dans le bon week-end à passer avec les copains. Je me disais, non mais c’est bon j’ai déjà fait un marathon, ça va le faire… sauf que je n’avais plus le même âge (oui c’est assez banal de le dire, mais c’est vrai quand même). Et vraiment aucun entraînement. Je me suis traînée toute la course, bouleversée par les événements. Mécontente vis-à-vis de moi de ne pas avoir renoncé. J’ai écouté les autres me dire, “t’inquiète on va rester avec toi, tu vas y arriver…” Au dernier moment, j’ai pensé rebasculer sur le 10 km, ça aurait été plaisant de courir entre les vignes, de profiter de l’ambiance et puis les autres mais non tu vas y arriver… sauf qu’en vrai qui mieux que nous-mêmes peut savoir ce dont on est capable à l’instant T… alors que là, dès les premiers mètres ils ont tous filé devant, pris dans le jeu de leur chrono. Moi je ne voulais pas, j’avais peur de la suite, je voulais me préserver. Je les ai laissé filer. Et je me suis retrouvée seule. J’ai vite eu mal au genou, aux pieds, pas assez de souffle ni même d’énergie pour monter les côtes en courant… j’ai marché, beaucoup, trottiné, un peu… Et j’ai fini la course avec un coureur de plus de 70 ans qui s’était fait posé des prothèses de hanches dans l’année… Grosse déception aussi au moment de passer la ligne d’arrivée ! Alors que j’étais récupérée par mes acolytes qui se les caillaient grave et qui n’avaient qu’une envie, rentrer se mettre au chaud, mon chrono n’était pas valable pour que je sois officiellement classée…

J’ai essayé de me dire que j’avais passé un bon moment dehors, au cœur de fameux crus mais ça n’a pas suffit. J’ai souffert. Je me suis sentie abandonnée par ma team qui elle était contente de sa performance. Je ne me sentais pas à ma place. Une déception amicale autant que personnelle. Et une question qui commençait de me ronger… mais pourquoi je cours… ?!

Aujourd’hui, ce serait pourquoi je ne cours plus… car en vrai c’est un pur bonheur. Sentir ses pieds fouler le sol, humer l’air, se faire surprendre par les couleurs de la nature… J’aimerais bien reprendre, mais je n’arrive pas à me remettre en mouvement… 

Mon départ de Mennecy en 2016 a été dur, parce que j’ai dû quitter cette team qui me donnait envie de courir, et en même temps on s’était déjà un peu quitté avec cette expérience de Beaune. Je n’ai pas d’excuses, mais pour l’instant je me sens rivée au sol. L’expérience m’a fait comprendre qu’il y a un temps pour tout, les chemins m’attendent. Ils sont prêts eux. A moi de jouer… 

Alors demain, où allez-vous nous emmener ?!

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